"On ne se console pas des chagrins, on s'en distrait." (Stendhal, Armance)

Jeudi 21 août 2014 à 22:18


La fille d'à côté elle triche. Elle mate le monde derrière son beau rideau, zieute un peu partout chez les autres, voit les terrasses abandonnées, entend les mères de familles s'égosiller sur des mômes pas très finis. Du coup elle pense que c'est chez elle qu'il fait le plus beau. Normale. Elle s'est crée une bulle à son image, pleine de paillettes, haut en couleurs et elle se dit que c'est un peu ça la vie. Une bonne musique en bande sonore, des films à l'eau de rose pour parfaire le décor. Elle s'y croit. Elle y croit à toute ses conneries là ! De temps en temps, elle tombe sur un bel hommes adossé à la fenêtre d'en face et s'imagine des choses. Qu'un soir on viendrait sonner à sa porte, sous un prétexte des plus bidon. « Bonsoir, vraiment désolé de venir vous importuner mais ça fait plusieurs semaines que je vous vois de ma fenêtre. Je pense à vous un peu plus chaque nuit et je ne sais pas, je me suis dit qu'il fallait que je vienne vous le dire. » Ou pas ! Sans lui demander son avis, il pousserait la porte et l'embrasserait tendrement contre le mur. De surprise, elle laisserait tomber sa cigarette par terre, donnant ainsi une raison à cet affreux trou dans sa moquette. Elle rêve beaucoup la fille d'à côté. Elle fantasme à tout se qui pourrait se passer si elle daignait sortir le bout de son nez. Sauf que non. Il fait bien plus beau derrière ses trois barreaux de prison. Elle préfère pas s'aventurer dehors. Et puis quand on entend toutes ces histoires qui passent à la télé … Elle à bien raison de ne pas faire comme tout le monde. De ne pas tenter l'impossible pour ne ramasser que les miettes des autres. De ne pas se mouiller . Quitte à ne jamais rien vivre de majestueux, elle ne goûtera pas non plus au désespoir qui va parfois de paire. Elle le sait mais s'en contente. Elle fait bien. Et pi c'est vrai qu'ils sont beaux ses rideaux, à la fille d’à côté.

 

Jeudi 21 août 2014 à 22:11


C'est pas capable de dire « Je t'aime » au bout d'un an et après ça s'étonne « Pourquoi tu veux pas te laisser avoir par derrière ? » Je sais pas pourquoi. Pourquoi j'ai peut-être pas assez confiance en toi, pourquoi j'y crois pas vraiment. En toi qui me promènes par-ci par là sans avoir aucune idée de si ça me plaît ou pas. Toi qui prends tout, sans rien donner. Sans espoir d'un retour. « Bah ouais mais on ne donne pas si c'est pour attendre quelque chose » … Bah ouais. C'est vrai. Sauf que ça fait un an que je n'attend rien. Maintenant je me dis que j'ai peut-être droit à différent, peut-être même à mieux. Quelque chose comme ça :

«  Les années passent mais rien ne change. Ma gorge est passée au broyeur au moment de partir. Le dos à peine tournée et mon corps se déchire, mes jambes tremblent, un ouragan glacial contracte tous mes muscles. Il n'y a plus rien pour retenir mes flots de larmes. Et surtout ne pas se retourner. Juste avancer, fermer les yeux et se rendre à l'évidence que rien d'autre ne compte. Le nœud est vraiment trop serré, ça m'étrangle, je ne peux même plus penser. Mais mieux vaut ne pas penser que de voir ta tendresse pour un autre.
Trop tard. Un déchirement.
Le train c'est dessous que j'ai envie de me cacher. Elles sont comme ça mes crises d'angoisses. Je ne veux plus. Je pense que je pourrais tout abandonner pour toi, mais tu le sais déjà. Reviens me voir vite, mais reviens moi ou nous devrons ne plus nous voir. Et comprends s'il te plaît, sans m'en vouloir que ce n'est pas possible autrement.

 

Je t’envoie le plus doux baiser qu'il soit. »

 

Jeudi 21 août 2014 à 22:03


Plus que jamais, je t'attend. Avec l'énergie des premiers jours, l'envie des premières fois, des premiers jeux et des premières impressions. Je ne sais pas si l'on se donne jamais assez de chance. Une fois, peut-être même deux, à d'autre. On courre derrière notre vie et la pendule n'arrange en rien. C'est ridicule ! Son petit nombril d'abord, le reste on voit après. Le problème c'est qu'un corps chaud ça manque bien vite. Des pieds froids sous la couette un peu moins mais quand même. Juste assez pour nous rassurer lors d'un réveil en sursaut, nous protéger d'un regard mal placé dans le métro. Qu'on se tienne la main dans la rue comme dans les chansons de Georges Brassens. j'imagine qu'on en rêve un peu tous.


 

Alors dis moi, c'est quand qu'on nous deux ?
Notre dernière chance ?
C'est quand notre prochaine fois ?

Jeudi 21 août 2014 à 21:49


On vrille ensemble et comme la première fois, mon cœur décolle. Je prie très fort qu'on me le rende mais rien n'est moins sûr. C'est encore une de ces soirées que tu as lancé à la volée mais sans hésiter j'ai suivie.

Plus on tournoie, plus je me perd. Plus je me perd, plus on tournoie. En cadence tu me parles, tu me touches. Tu m'assumes. Tu me balades à contre sens, contre mon grès mais j'adore ça. On s'amuse des autres, tu m'amuses et tu t'amuses de nous. On tournoie encore, cette fois dans les bons temps. Toujours plus vite, en crescendo. Quand tu me lâches, je m'affole. Inquiète, je vacille et j'oublie tout. La piste, le son, les lumières. Je veux tes bras, tes mains, ton corps. Te rejoindre rapidement, au plus près, sans efforts.

Tu me rattrapes de justesse. On s'immobilise. Le tempo baisse, le rythme s'écrase. La musique pleure. De plus en plus lassent, les notes ne nous accompagnent plus. Un baise main, un sourire et le temps s'effrite déjà. On remercie poliment les partenaires et on s'éloigne pas à pas, jusqu'à la prochaine danse.

 

Jeudi 21 août 2014 à 20:57


Comment s'imaginer que nous nous tenions la main, l'été dernier encore sous les cerises. A une heure où il nous était pourtant interdit de nous retrouver, l'on s'amusait déjà à rêver de l'impossible. Entre quelque uns des reproches de papa Georges, je faisais le mur pour mieux le rejoindre, quelques rues voisines de la mienne au-delà de la foret. La boule au ventre de me faire prendre, la rage au cœur de le revoir. Ne serait ce pour ces dix secondes de plus. La rage au cœur quand même.

Alors en courant aussi vite que possible, comme parfois on peut le voir dans les films, je m'imaginais le ralenti de nos deux vies. Ce que ça ferait un jours si on en venait à ressasser tout ça. Je dit nos deux vies maintenant parce qu'à l'époque c'était notre vie. Me dissocier de toi, c'était comme d'arrêter d'avoir peur de mourir. Autant dire quelque chose d’improbable, quelque chose de grand, puisqu'on n’arrête pas le temps et que j'ai toujours peur de mourir. T'avais pas le choix, t'avais fini par m'accepter un peu, juste comme ça, peut-être par inadvertance. Peut-être parce que j'étais là. Mais ça a bien marché le temps que ça à duré. Pi les années, les bousculades, les seins qui poussent et la queue qui gratte ont eu raison de nous. Comme je l'avais toujours dit sans trop y croire. Plus fort encore que ce que tu ne le pensais, sans jamais avoir osé le dire.



Tu ne l'aimais pas plus que moi en fait. Tout juste semblable.
Pas plus que je ne t'aime finalement. Mais certains soirs c'était déjà trop m'en demander.

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